

Une première difficulté vient de leur tempérament passionné. De captivés qu’ils sont par un sujet, ils en deviennent facilement captifs et négligent alors tout le reste. Pour éviter les situations de blocage, les professeurs doivent moins chercher à contrarier les passions de leurs élèves qu’à les apprivoiser, quitte à en jouer parfois. Ils seront ainsi plus à même de les tempérer.
Deuxième difficulté : les relations des enfants à haut potentiel intellectuel (HPI) avec d’autres enfants ont vite fait de s’envenimer. Certes, une majorité d’entre eux s’intègrent sans difficulté mais nombreux sont ceux qui se laissent aller au repli sur soi, à la méfiance voire au cynisme. Nous comptons sur une présence engagée des professeurs et de petits effectifs pour favoriser le développement d’un climat propice à leur épanouissement.
Enfin, beaucoup d’enfants HPI, habitués pendant les premières années de leur scolarité à réussir avec facilité, se trouvent désarmés au moment de l’adolescence, quand croît la difficulté des exercices et que l’étude suppose un peu d’effort. Arrivés en cinquième, un tiers d’entre eux entament un parcours chaotique qui les conduit d’échec en échec et ruine les espoirs que l’on pouvait fonder sur leurs capacités. Ils s’enferment alors dans l’amertume et le deuil d’une enfance où leur vie intellectuelle n’était qu’exaltation (lire à ce propos les textes si pertinents de la psychologue Arielle Adda : Le livre de l’enfant doué et L’enfant doué : L’intelligence réconciliée).

Développer chez les enfants HPI le sens de l’effort et de la persévérance est une priorité. Il convient aussi de les inciter à l’humilité dans le travail intellectuel, c’est‐à dire, au fond, à une plus grande connaissance et à une meilleure maîtrise de soi. Plus les enfants auront tôt pris l’habitude de cette tutelle d’eux‐mêmes, plus grandes seront leurs chances de réussir.
Tant qu'un sujet les passionne, les enfants HPI sont capables d’acharnement. Ils aiment aussi les défis qui leur permettent d’aller au‐delà de leurs propres limites. Quant à leur curiosité, elle est naturellement très vive. Appuyons‐nous déjà sur ces quelques aspects de leur personnalité : répondons sérieusement à leurs interrogations, offrons‐leur des cours d’une grande tenue, multiplions les sorties culturelles et les occasions de découverte… L’enthousiasme les aiguillonnera bien mieux que la contrainte.
Le drame est que bien des enseignants cherchent à modérer leur appétit intellectuel : satisfaits de résultats excellents mais obtenus sans effort, ils les habituent à la facilité, les encouragent à la paresse et les rendent vulnérables à la difficulté.